Il y a fort longtemps, en 2006, le réseau des réseaux était présenté comme une belle utopie centrée sur vous et moi. Rappelez-vous, nous avions été nommés Personnalité de l’Année 2006 par le magazine Times après Bill Gates (2005) ou Georges Bush (2004) mais avant Poutine (2007) et Obama (2008). Nous allions contrôler l’ère de l’information et, producteurs de contenu, allions créer ce qu'on appelle le Web 2.0, une "expérience sociale à grande échelle". Ce nouveau Web allait rassembler nos petites contributions individuelles pour leur donner un sens collectif. Architecture de participation, intelligence collective et longue traine (long tail) étaient les nouveaux mantras de l’Internet.
La réalité économique et technologique est passée par là pour amender ce modèle. Et ces dernières années, une des évolutions les plus marquantes du monde digital a été la transformation du Web ouvert et universel vers un monde d’applications plus ou moins fermées (Facebook, iTunes) qui utilisent les protocoles de transport d’Internet mais plus le navigateur (Firefox) pour interface homme-machine.
D’abord, l’Internet devient mobile. En 2014, c'est-à-dire demain, les analystes prévoient que l’accès à Internet se fera majoritairement au travers d’un terminal mobile plutôt que d’un PC. Toujours connectés grâce à une machine à tout faire, nous sommes à la fois producteurs bénévoles de contenus multimédia (vidéos, photos, microblogs…) mais également consommateurs (jeux, musique, films). Ce déluge
[1] de contenu est stocké sur les nuages(le cloud) afin d’être diffusé en temps réel et accédé par tous, partout, et tout le temps. Il reste aujourd’hui à développer les outils, les méthodes et les analyses afin de contextualiser (le sens collectif) ces informations.
Après l’aspect communitariste évoqué
dans ce billet,
Internet devient Applicatif au détriment du Web. Si vous n’êtes pas sur Facebook, vous faites probablement partie de l’autre communauté, celle des 85 millions d’utilisateurs de iXxxx d’Apple dans le monde (dont 2 millions de français heureux possesseurs d’un iPhone). Dans cette communauté (ou plutôt ce magasin), vous faites votre marché dans une grande bibliothèque de 250 000 applications mais également de musique et vidéos à télécharger. Bien sûr ici, il vous faut mettre la main à la poche pour consommer mais cette consommation est contrôlée. Là où le Web 2.0 était ouvert et gratuit, Apple contrôle et sélectionne ce qui peut être vendu sur sa place de marché iTunes. La société vient de publier un guide expliquant aux développeurs le processus de sélection des applications, processus jugé opaque jusqu’à présent mais qui restera probablement arbitraire. Voici un extrait de l’introduction de ce guide :
Nous rejetterons toute application dont le contenu ou le comportement dépasseront les bornes. Quelles bornes, demandez-vous ? Et bien, comme un juge de la Cour Suprême de Justice américaine a dit « Je le saurai quand je les verrai ».
Interessant, non ?
Quelles décisions doivent en tirer les DSI ? Il est important aujourd’hui que les responsables informatiques des entreprises confrontent leur stratégie à ces évolutions. Des questions méritent d’être posées et nécessitent une réponse argumentée. Par exemple:
- La monétisation des produits et services de l’entreprise passe-t’elle par une place de marché comme iTunes ou Facebook ?
- Quel outillage (portail, intranet, téléphonie, applications…) doit-on mettre en place pour supporter la collaboration et la communication entre les employés, fournisseurs et clients ?
- Quelles sont les avantages et les contraintes d’utilisation de ces applications fermées en termes de disponibilité, sécurité, fiabilité … ?
[1] D’après Eric Schmidt, le patron de Google, si 5 exaoctets de données ont été créés entre l'aube de la civilisation et 2003, maintenant ce volume est atteint tous les deux jours.